Pourquoi le “papier Bitcoin” ne peut pas contrôler le prix durablement, contrairement à l’or

On entend souvent que le prix du Bitcoin serait dicté par les marchés dérivés : futures, options, ETF. Cette idée est répandue… mais elle est structurellement fausse.

La clé pour comprendre pourquoi tient en un élément central : le marché spot.

Dans tous les marchés financiers, deux univers coexistent :

– le marché papier : produits dérivés, contrats à terme, options, ETF

-le marché réel : spot, règlement effectif, livraison du sous-jacent

La question à laquelle cet article cherche à répondre n’est pas celle de l’existence des produits dérivés sur Bitcoin : ils existent, comme pour la grande majorité des actifs cotés (devises, indices, actions, métaux précieux, matières premières y compris Or et Argent, etc.).

Il ne s’agit pas non plus ici de débattre de la conformité des produits dérivés à l’éthique islamique. La majorité des savants contemporains considèrent que les dérivés financiers standards sont non conformes, pour plusieurs raisons cumulées : levier reposant sur du riba, vente de ce que l’on ne possède pas, gharar élevé, maysir, gains déconnectés de l’économie réelle, etc.

L’enjeu central est ailleurs : comprendre dans quelle mesure les produits dérivés, appelé aussi “papier Bitcoin”, sont réellement capables de dominer et d’imposer le prix du Bitcoin sur le marché réel.

L’or : un prix largement découvert sur le papier

Pour l’or, le constat est clair. Le marché spot physique à grande échelle est :

Dans la pratique, très peu d’acteurs exigent l’or physique. Le prix est donc majoritairement découvert sur les marchés papier (futures, forwards, ETF non livrés).

Cela permet l’existence d’une quantité massive d’or papier, avec peu de contraintes immédiates. Le levier peut s’accumuler, être roulé, lissé, et absorbé par le système.

Peu de gens s’en souviennent, mais il aura fallu près de 30 ans pour que le prix de l’or retrouve son sommet de 1980 (≈ 900 $), et environ 13 ans pour qu’il dépasse à nouveau son plus haut de 2011 (≈ 2 000 $).

Entre 1980 et 2010, l’or a évolué dans un marché “baissier” prolongé, puis de nouveau entre 2011 jusqu’à très récemment en 2024 (voir plus bas).

Prix de l’Or en $ (19070 – 2026)

Le marché papier permet d’absorber, et de contenir, la hausse pourtant légitime de l’or sur de longues périodes. La résolution de ces déséquilibres intervient généralement de manière brutale, sous la forme d’explosions haussières violentes, comme celle observée en 2025.

Bitcoin : un marché spot qui impose la discipline

Bitcoin fonctionne à l’inverse. Son marché spot est :

Le sous-jacent existe réellement, est vérifiable, et peut être sorti du système à tout moment.

Chute continue de Bitcoin des plateformes

La sortie de Bitcoin des plateformes d’échange n’est pas théorique : elle s’inscrit dans une tendance durable et mesurable, avec une baisse d’environ 27 % des soldes sur les exchanges sur la seule année écoulée.

Conséquence directe : le “papier Bitcoin” est structurellement contraint.

S’il s’éloigne trop du spot :

Le papier est forcé de s’aligner sur le réel.

Le rôle clé des gamma squeezes

Cette contrainte devient évidente lors des épisodes de gamma squeeze.

Lorsqu’un grand nombre d’options call est ouvert, les market makers doivent acheter du Bitcoin spot pour rester neutres. Plus le prix monte, plus cette couverture exige d’achats supplémentaires.

C’est une mécanique auto-renforçante.

Sur l’or, ce phénomène est largement amorti par la profondeur et la flexibilité du papier. Sur Bitcoin, il est amplifié par la réalité du marché spot.

Un point souvent mal compris : le squeeze peut être haussier

Un squeeze n’est pas nécessairement synonyme de chute violente.

Lorsque :

la pression se fait à la hausse.

Les acteurs papier sont alors contraints d’acheter de plus en plus cher, dans un marché déjà tendu.

Bitcoin n’est pas “volatil”, il est contraignant

La volatilité de Bitcoin n’est pas le signe d’une immaturité. Elle est le symptôme d’un système où le mensonge papier ne peut pas durer.

L’or peut rester longtemps sous contrôle papier. Bitcoin, non.

Plus Bitcoin grandit :

Conclusion

Bitcoin n’est pas un actif spéculatif classique.

C’est un actif fondamentalement :

Dans un système financier largement bâti sur le report, l’endettement et la promesse non livrée, cette différence est décisive.

Enfin, l’ethos de Bitcoin repose sur le rejet des intermédiaires. Certes, il y aura toujours des plateformes et des produits dérivés, mais plus l’usage de l’auto-conservation (self-custody) progresse, plus une discipline réelle s’exerce sur ces intermédiaires et sur les marchés dérivés.

L’éducation joue ici un rôle essentiel : elle permet aux utilisateurs de développer une souveraineté financière authentique, pleinement alignée avec les principes de l’éthique musulmane.

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